Lucas MoreauVIEW PROFILE →
Capital-risque : pour la première fois, les fonds français lèvent plus que les britanniques
En 2025, les fonds de capital-risque français ont levé plus de nouveaux capitaux que leurs homologues britanniques, une première historique. Décryptage posé d'un basculement pour l'écosystème.
Suivant de près l'écosystème des jeunes pousses, j'ai appris à me méfier des annonces spectaculaires et à guetter les signaux plus discrets mais structurants. L'un d'eux vient de se produire, et il mérite qu'on s'y arrête. Au-delà des levées de fonds records des startups, c'est du côté des investisseurs eux-mêmes qu'un basculement historique s'est opéré en France. Regardons cela calmement, chiffres à l'appui.
Un basculement historique
En 2025, pour la première fois, les fonds de capital-risque français ont levé davantage de nouveaux capitaux que leurs homologues britanniques. On parle de 5,1 milliards de dollars de nouveaux véhicules d'investissement côté français, contre 3,7 milliards outre-Manche. Ce n'est pas une simple performance ponctuelle : cela signifie que les investisseurs disposent désormais d'une réserve de munitions inédite pour financer la décennie à venir.
La deuxième place européenne
Cette dynamique confirme le rang de la France. Ses startups ont attiré environ 8,5 milliards de dollars de capital-risque sur l'ensemble de 2025, ce qui en fait le deuxième marché européen derrière le Royaume-Uni. Le pays compte aujourd'hui une trentaine de licornes, valorisées collectivement autour de 74 milliards de dollars, réparties de la santé numérique à la fintech, en passant par le jeu vidéo et les technologies durables.
Un premier trimestre 2026 en fanfare
L'élan ne faiblit pas en ce début d'année. Au premier trimestre 2026, les startups françaises ont levé 2,67 milliards d'euros, soit le meilleur trimestre depuis le pic du début 2022 et un bond de 111 pour cent sur un an. La santé, la médecine et les biotechnologies figurent parmi les secteurs les plus actifs, tandis que l'IA générative continue de déplacer le centre de gravité du financement de l'innovation.
Ce que cela change vraiment
Disposer de fonds nationaux mieux dotés n'est pas un détail comptable. Cela permet de financer les tours de table sans dépendre exclusivement de capitaux étrangers, et donc de garder davantage de sièges au conseil, de décisions et de talents sur le sol français. La prudence reste toutefois de mise : sur l'ensemble de 2025, le total levé s'est établi à 7,4 milliards d'euros, en recul de 5 pour cent, et les faillites se multiplient.
Mon regard
Je vois dans ce basculement une bonne nouvelle qu'il faut savourer sans s'enflammer. Lever plus d'argent ne garantit pas de le placer intelligemment, et la vraie mesure du succès sera la solidité des entreprises bâties, pas la taille des fonds. Mais après des années à courir derrière Londres, voir la France prendre une longueur d'avance sur ce terrain précis a quelque chose de profondément encourageant pour la suite.






