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Le NewSpace à la française : comment The Exploration Company et Latitude défient l'espace

business2026-08-25 · 4 min read · 0 reads

Avec 263 millions d'euros levés pour sa capsule réutilisable Nyx et un lanceur en préparation chez Latitude, les startups spatiales françaises passent à la vitesse supérieure. Tour d'horizon d'un écosystème NewSpace en plein essor.

La French Tech est souvent racontée à travers ses fintechs devenues licornes, ses champions de l'intelligence artificielle comme Mistral, ou encore ses startups de la défense et du quantique. Mais un autre secteur, longtemps réservé aux grandes agences nationales et aux géants industriels, connaît une accélération spectaculaire portée par de jeunes pousses ambitieuses : celui de l'espace, le fameux NewSpace à la française.

Ce mouvement traduit un changement de paradigme profond. Là où l'accès à l'orbite dépendait presque exclusivement d'acteurs publics et de programmes lourds, des entreprises privées lèvent désormais des sommes considérables pour développer leurs propres capsules et lanceurs. La France se positionne ainsi comme l'un des foyers européens les plus dynamiques de cette nouvelle conquête spatiale.

The Exploration Company et la capsule Nyx

Les startups françaises du NewSpace ambitionnent de rendre l'accès à l'orbite plus autonome et moins coûteux.
Les startups françaises du NewSpace ambitionnent de rendre l'accès à l'orbite plus autonome et moins coûteux.

La figure de proue de cette dynamique est The Exploration Company, une startup franco-allemande qui développe une capsule spatiale réutilisable baptisée Nyx. Ce véhicule est conçu pour accomplir des missions scientifiques, ravitailler des stations spatiales et, à terme, transporter des équipages vers l'orbite et en retour, une ambition rare pour une entreprise privée européenne.

Les caractéristiques techniques de Nyx illustrent bien cette ambition. La capsule est pensée pour emporter jusqu'à 4 000 kilogrammes de charge utile en orbite basse, pour des durées pouvant atteindre six mois, et ce à un coût annoncé de 15 000 euros le kilogramme, un tarif qui vise à rendre l'espace plus accessible qu'auparavant.

Au-delà des chiffres, Nyx cumule plusieurs premières notables. Il s'agit de la première capsule spatiale à être financée par des fonds privés, de la première à utiliser des ergols dits verts, plus respectueux de l'environnement, et de la première à ouvrir le code source de son système d'exploitation, une démarche inhabituelle dans un secteur traditionnellement très fermé.

Des levées de fonds spectaculaires

L'ambition technologique s'accompagne d'un soutien financier de plus en plus massif. Après avoir sécurisé une première série A de 40,5 millions d'euros pour développer sa capsule, dont les débuts sont attendus en 2026, The Exploration Company a franchi un cap bien supérieur en levant plus récemment la somme impressionnante de 263 millions d'euros.

Une telle levée place la startup dans une catégorie à part au sein de l'écosystème spatial européen. Ces montants, longtemps réservés aux acteurs américains du NewSpace, montrent que les investisseurs croient désormais à la capacité des entreprises européennes à rivaliser sur le marché très concurrentiel du transport spatial et du ravitaillement orbital.

Ce capital est essentiel car le développement de véhicules spatiaux exige des investissements colossaux et un horizon de temps long. Disposer de telles ressources permet à l'entreprise de financer les phases de test, de production et de qualification, indispensables avant de pouvoir voler de manière fiable et récurrente vers l'orbite.

Latitude et la course au lanceur

L'autre pilier de ce NewSpace français se situe du côté des lanceurs. La startup Latitude, anciennement connue sous le nom de Venture Orbital Systems et basée à Reims, développe son lanceur Zephyr ainsi que son moteur imprimé en 3D baptisé Navier, dans le but d'offrir des services de mise en orbite taillés pour les petits satellites.

Ce positionnement répond à une demande bien réelle du marché. Avec la multiplication des constellations de petits satellites, le besoin de lanceurs légers, flexibles et disponibles rapidement explose, et des acteurs comme Latitude entendent combler ce créneau que les fusées lourdes traditionnelles ne servent pas de manière optimale.

Sur le plan financier, Latitude a levé 37,9 millions d'euros pour mener à bien son projet, et prévoit un vol inaugural à l'horizon 2027. Si les montants restent inférieurs à ceux de The Exploration Company, ils confirment que la France abrite un écosystème complet, couvrant à la fois les capsules et les lanceurs.

Un enjeu de souveraineté

Au-delà des seules performances commerciales, l'essor de ces startups touche à une question stratégique majeure, celle de la souveraineté. Disposer de capacités privées et nationales d'accès à l'espace réduit la dépendance de l'Europe vis-à-vis des acteurs étrangers, un enjeu devenu crucial à mesure que l'espace se transforme en terrain économique et géopolitique.

Le véritable test viendra toutefois avec les premiers vols. Réussir à faire décoller Nyx et Zephyr comme prévu déterminera si cet élan financier se traduit en succès industriels concrets. Mais une chose est déjà certaine : la France est aujourd'hui l'un des moteurs d'un NewSpace européen qui n'a jamais semblé aussi proche de prendre son envol.

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